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«Dans Benno bokk yaakaar, seuls les grands partis existent.» Moussa TINE dixit.

 «Dans Benno bokk yaakaar, les discussions ne se font qu’entre les différents grands partis…»

Membre de la coalition victorieuse lors du second tour de la Présidentielle qui s’est soldée par la victoire de Macky Sall, Moussa Tine n’a pas voulu continuer avec Benno bokk yaakaar pour les Législatives.
Il a préféré aller seul parce que «les petits alliés» ne sont pas considérés dans les discussions au sein de cette coalition.

Que pensez-vous des nouveaux pas de Macky Sall au Pouvoir ?
Macky Sall a posé des actes qu’il faut saluer, qui sont relatifs à l’humilité de l’Etat. Nous avons maintenant besoin d’un Etat humble et modeste dans ses dépenses. C’est un signal fort qu’il vient de lancer aux Sé­né­galais. Il a compris qu’on doit faire des sacrifices. De 2002 à 2012, beaucoup d’efforts ont été faits pour les fonctionnaires, notamment les enseignants qui continuent, cependant, de demander du fait que l’Etat, par son comportement, a énervé et a laissé penser qu’on peut faire plus. Vous n’allez pas demander à des enseignants d’accepter qu’on ne leur paie pas leurs frais de missions et leurs indemnités de correction d’examen, là où on se permet de changer d’avion et voyager avec un jet privé. C’est pour dire que la modestie de la population dépend de l’humilité de l’Etat dans la gestion des choses.
La deuxième chose intéressante faite par Macky Sall, c’est la réduction de la taille du gouvernement. L’acte posé est un moment fort, parce qu’on a gaspillé les deniers publics par le nombre incalculable de ministres sous l’ancien régime. Cependant, les nominations de ministres-conseillers continuent ; ce qui risque de saper ces efforts. Il a  fait des efforts ; maintenant, il faut maintenir le cap. C’est comme ça aussi que Wade avait commencé.  Il est important que le président de la République puisse dire à ses partenaires qu’il ne s’agit pas de nommer des ministres, mais plutôt de construire la République. Il ne faut pas qu’on accepte d’être pris dans le piège de Wade. La fonction ou la nomination d’un ministre n’est pas une fin en soi. Ce n’est pas la seule posture par laquelle on peut servir le pays. Il s’agit là d’être ferme avec tout le monde  et arrêter  le nombre de ministres-conseillers ; sinon, on risque d’envoyer un mauvais signal aux Sénégalais.

La manière de faire de Macky Sall de nommer certains de ses alliés ministres-conseillers ne vous convient donc pas ?
Ce n’est pas bien. Le titre de conseiller spécial est fort intéressant. Dans certains pays, on considère, dans l’Administration, que le titre de conseiller spécial est plus fort que celui de directeur de cabinet. On ne peut pas continuer à donner le poste de ministre-conseiller à n’importe qui ou de donner un titre de ministre à tous les mécontents ; sinon les vieux démons vont nous rattraper. On ne peut pas se lever un jour et nous annoncer  que tel est nommé ministre-conseiller. Ça suffit maintenant !

Une autre nomination serait de trop, selon vous ?
C’est déjà trop ce qu’on a vu, pour le moment, au Palais. Il ne s’agit pas de caser ou de récompenser des gens. Ce que les souteneurs ont fait à titre personnel pour soutenir le pays qui en avait besoin, ils ne l’ont pas fait pour être récompensés. Le Président Macky Sall n’a pas été nommé pour récompenser qui que ce soit ; il est là pour travailler, pour l’émergence du pays,  à la consolidation d’une démocratie apaisée.  Il a été élu pour avoir des institutions stables et régler la demande sociale.

Mais il y a des alliés qui rouspètent parce qu’ils ne sont pas  récompensés ?
Tout le monde ne peut être con­tent.  Par contre, dans le cadre des As­sises nationales et du M23, on ne peut pas participer à la réalisation de cette alternance, et dire, par la suite, qu’on doit être récompensé. Il s’agit de reconstruire le pays et non de demander des récompenses.

En procédant à la réduction des prix des denrées de première nécessité, Macky Sall est-il sur la bonne voie de respecter ses engagements pris lors de ses différentes campagnes électorales pour la Présidentielle dernière ?
Il a cette ferme détermination de le faire. Aujourd’hui, il y a un certain nombre d’actes à arrêter. Il faut savoir tenir un langage de vérité aux uns et aux autres. Nous avons été nombreux à participer à sa victoire, le 25 mars dernier. Il s’agit aujourd’hui, à partir de ce qu’on a  réussi à faire, d’en tirer des ressources pour mobiliser tout le monde afin de créer une nouvelle synergie pour un pays émergent.  L’arbitrage du président de la République ne doit pas se faire par le simple mécanisme de la distribution des rôles.

Que pensez-vous de ces audits en gestation ?
Nous avons tous l’obligation de satisfaire cette demande. Si nous avons tourné une page de notre histoire, il faut qu’on en tire des leçons. Il ne s’agit pas d’être revanchards, de chercher à humilier qui que ce soit. Il s’agit de voir si les deniers publics ont été utilisés selon les règles de l’art.  A ce niveau, il y a beaucoup d’annonces, il s’agit maintenant de passer à la pratique. Par contre, il y a deux choses qu’il faut nécessairement prendre en considération. La première chose : cela nécessite l’organe qui va faire des audits et de la neutralité des personnes pour les faire. Nous avons eu de très mauvais souvenirs des audits du temps de Wade ; il les avait utilisés pour favoriser la transhumance au profit de son parti politique et construire une nouvelle majorité sociale et politique. La deuxième chose : il faudrait prendre en considération l’objectif de ces audits: savoir ce qu’on a fait,  pendant tout ce temps-là,  des deniers publics.

Tout ce temps-là, c’est à partir de quelle période précisément ?
Des 12 années de l’Alternance. Wade qui avait dit qu’il faut auditer avant l’Alternance de 2000 est mal barré pour le dire aujourd’hui. Il faut savoir que beaucoup d’entre eux (des responsables socialistes à cette époque : Ndlr) ont été jugés, con­damnés ou blanchis par le Tribunal. Et on ne peut juger deux fois une même personne pour les mêmes faits. Il faut qu’on arrête de faire de la diversion dans cette affaire. Ce qui nous intéresse, ce sont les 12 années de l’Alternance. Sur ces 12 ans, même  la gestion de Macky Sall, aujourd’hui président de la Ré­pu­blique, va être difficile à régler. Il y a eu un temps entre le jour où il a quitté le pouvoir et le jour où il est revenu au pouvoir comme Président. Aujourd’hui, si vous voulez auditer la gestion de Macky Sall, vous risquez d’être confronté, sur le point de vue technique, aux trois ou quatre années durant lesquelles il est resté sans exercer de mandat public.
La deuxième question est relative à la déclaration du patrimoine de Macky Sall qui est une inscription dans notre Constitution. Mais une inscription qui pose un problème d’efficacité. C’est-à-dire que la Cons­titution n’exige pas de lui qu’il justifie l’origine de ses biens. En vérité et dans l’absolu, l’origine de ses biens avant son arrivée au pouvoir ne nous intéresse pas, à moins de vouloir faire dans l’amalgame et de tomber dans le piège du Parti démocratique sénégalais. C’est comme on nous le dit pour le cas du Premier ministre : il est milliardaire, il vient du secteur privé, il n’a pas manipulé les deniers  publics ;  donc, l’origine de ses biens ne nous intéresse pas jusqu’à ce niveau. L’efficacité de la déclaration de patrimoine, c’est en fait la recherche sur différentiel; la différence entre les biens qu’on détient à la sortie d’une fonction par rapport aux biens qu’on avait déclarés préalablement. Ceux qui agitent cette question, ce sont des hommes du Pds qui ne veulent pas que leur gestion du gouvernement soit passée au crible.  Je ne le dis pas pour défendre Macky Sall. Il peut quand même, du point de vue éthique et moral -je ne dis pas juridique-, donner des pistes d’indication sur l’origine de ses biens. Ça entre juste dans la confiance et  la crédibilité dont il a besoin vis-à-vis des Sénégalais, mais il n’y a aucune obligation légale.

Que dites-vous sur ces 430 milliards convoyés vers des pays du Golfe ?
Je doute de l’opérationnalité et de la méthode utilisée pour ressusciter la Cour de répression de l’enrichissement illicite. Puis, il se posera toujours des questions de légitimé concernant la poursuite de certaines personnes. A mon avis, il faudra mettre en place une commission Ethique et Justice à laquelle on donnera une existence légale. Les membres de cette commission devront être choisis sur la base de leur probité, leur apolitisme et leur intégrité morale. Leur rôle consistera à faire le tour de toutes les personnes incriminées pour que ces dernières viennent justifier les biens dont elles disposent.  Et il faut prévoir la possibilité pour les récalcitrants de passer devant une Cour de justice. C’est plus conforme à notre éthique, à notre morale et à notre so­ciologie. Sinon, on risque de tourner la page sans faire d’investigations nécessaires.
La Cour pour lutter contre l’enrichissement illicite va poser une question de légitimité. Les gens vont dire que pendant très longtemps la Cour n’a pas existé, et qu’elle a été créée pour régler un certain nombre de problèmes et autres. La deuxième chose est que le combat risque d’être grippé par tout ce débat politique qui entoure la question des audits.  Or, des commissions Vérité et Ré­con­ciliation, dans d’autres pays, ont réglé ces problèmes, mais au Sénégal, on a besoin d’une commission Ethique et Justice. Si aujourd’hui on a  une personne qui détient des derniers publics et que c’est avéré qu’il a planqué des dizaines de milliards ici et à l’étranger, la commission aura pour charge de convoquer cette personne dans la plus grande dignité humaine pour venir justifier l’origine de ses fonds.
La Cour de lutte contre l’enrichissement illicite a toujours existé. Rap­pelez-vous: elle n’avait rendu qu’une seule décision du temps de Abdou Diouf qui l’avait mise en place. Seu­lement elle ne vivait plus, parce qu’il n’y a plus de magistrats nommés. C’est aujourd’hui que Macky Sall l’a remise au goût du jour avec la nomination de nouveaux membres. A mon avis, avant que les récalcitrants ne viennent à cette Cour, ils doivent passer d’abord  par la commission Ethique et Justice.

Cela veut dire que cette Cour de lutte contre l’enrichissement illicite ne vous enchante pas ?
Ce n’est pas qu’elle ne m’enchante pas. Cette Cour a une efficacité du point de vue de son fonctionnement dans la mesure où elle organise une sorte de renversement de la preuve. C’est-à-dire que ce n’est pas celui qui poursuit qui doit fournir des preuves sur l’origine des biens volés, mais c’est le prévenu qui doit prouver l’origine de ses fonds. Regardez des pays comme l’Afrique du Sud : la commission  Vérité et Réconciliation a réglé beaucoup de problèmes.

On ne vous a pas encore senti lors de l’agitation notée dans la confection des listes.  Etes-vous concerné par ces élections législatives ?
Notre parti, l’Alliance démocratique/Penco est concerné par ces élections. Sous notre propre bannière, nous allons nous engager. On a déposé notre  liste. Nous ne sommes plus à Benno bokk yaakaar ; nous avons pensé qu’on ne peut pas, pour consolider les acquis de la République, aller vers une Assemblée nationale monocolore. Il faut qu’on apprenne de nos erreurs. En 2000, on avait élu Abdoulaye Wade qui voulait une nouvelle Constitution, une Assemblée monocolore ; on lui a donné tout. Mais qu’est-ce qu’on a vu après ? Abdoulaye Wade a dit qu’il a eu tout ça grâce à son talent personnel. Et à partir de ce moment, on a eu toutes formes de dérives au Parle­ment. C’est ça qu’on doit éviter aujourd’hui. Regardez la dernière Assemblée nationale, on n’a même pas eu le nombre de députés requis pour saisir le Conseil constitutionnel ! S’il y a eu le 23 juin, c’est parce qu’il n’y avait pas d’opposition forte à l’époque. Wade n’allait jamais bouter dehors Macky Sall,  Moustapha Cisso Lô et Mbaye Ndiaye, s’il y avait une opposition forte. C’est pour toutes ces raisons que nous avons considéré qu’il y a des voix qui n’appartiennent ni à Apr, ni à Afp. Il ne faut pas qu’il y ait cette uniformité de voix qui nous rappelle la formule, «on n’est pas les députés du Peuple, mais du Pré­si­dent». C’est pour prendre à défaut ceux qui pensent comme ça que nous avons décidé de partir seul.
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Donc le travail de votre parti dans Benno bokk Yaakaar se limitait  à l’élection de Macky Sall comme Président ?
Oui, mais il fallait organiser des discussions qui favorisaient la diversité entre nous au sein de Benno bokk yaakaar, comme on l’a fait dans l’esprit de la tenue des Assises nationales. On s’était dit: «On est ensemble, on discute ensemble, on fait les listes ensemble et on gère ensemble.» Mais jusque-là, qu’est-ce qu’on a fait ? Il n’y a eu entente qu’entre les différents grands  partis, l’Afp, le Ps, Rewmi et l’Apr. Si ces quatre grands partis doivent partager les rôles dans le gouvernement et ensuite partager l’Assemblée nationale, que vont devenir les luttes pour la liberté individuelle, la transparence ? Prenez l’exemple des opérateurs de téléphonie : s’il y a une entente entre les trois grands opérateurs, qui va défendre les intérêts des consommateurs ? Personne ! C’est la concurrence des acteurs politiques qui favorise d’abord l’offre plurielle pour les citoyens et ainsi, garantir la gouvernance dans la transparence.

Si je vous comprends bien, les petits alliés ont été exclus des discussions ?
On nous a exclus. Même ceux qui semblaient y être au début se sont rendu compte qu’ils n’étaient pas sur les listes. C’est ça qui n’était pas bien. Ce que nous avons combattu pendant 12 ans, on ne doit pas aujourd’hui, le retrouver dans une Assemblée monocolore. On ne peut pas toujours continuer à construire une logique autour du président de la République.

Donc on vous a forcés à rompre les amarres ?
On ne nous a pas forcés, c’est une option. Nous, la seule chose qu’on avait voulue, c’est d’aller dans le sens pour que les négociations permettent la diversité dans l’Assemblée nationale ; une diversité négociée pour que chacun ne sente pas qu’il est à l’Assemblée nationale par le simple fait du bon-vouloir du président de la République. S’ils avaient procédé à des négociations pour qu’on discute du programme et de ce qu’il faut faire, on ferait dans l’esprit des Assises nationales pour avoir une Assemblée nationale plurielle, malgré l’unicité de la liste. Mais quand on s’est rendu compte  qu’on va  continuer  dans la dynamique de la solidarité gouvernementale en dressant des listes en fonction de cela, nous avons dit très tôt que nous ne sommes pas dans cette affaire, parce que, pour nous, la République se conjugue au pluriel.

Maintenant,  êtes-vous prêts à jouer pleinement votre rôle d’opposition ?
Nous ne sommes pas dans l’opposition systématique ; c’est très tôt de le faire.  Nous sommes encore de la mouvance présidentielle, parce que le gouvernement épouse déjà les conclusions des Assises nationales. Tant que le gouvernement reste dans cet esprit, nous accompagnerons l’activité gouvernementale. Nous avons été partie prenante des Assises nationales. Pour nous, ces Assises constituent une œuvre historique autour de laquelle on peut construire un Sénégal émergeant. Seulement, nous allons jouer notre rôle de critique dans le cadre de certaines propositions. Mais Macky Sall n’a pas jusque-là  posé des actes qui méritent des critiques.

Vous êtes dans la mouvance présidentielle parce que Macky Sall a un programme adossé aux conclusions des Assises nationales alors que vous ne vous réclamiez plus de la Coalition Bby, il y a paradoxe, non ?
La Coalition Benno bokk yaakaar est la coalition qui a soutenu Macky au second tour et l’a porté au pouvoir. Dès lors qu’on ne s’entend pas avec elle pour les Législatives, nous ne sommes plus dans Bby. La réalité de Benno bokk Yaakaar c’est les quatre grands partis que je viens de citer tantôt. C’est eux qui travaillent et qui négocient ; il faut qu’on se dise la vérité. Tout le reste, c’est Macky Sall qui a eu la gentillesse de les nommer à des postes. On est plus dans cet esprit de discussion, c’est pourquoi chacun se dit être déçu après la confection des listes. Nous, on a compris très tôt pour aller seul. Pour que la philosophie du 23 juin ne soit pas désavouée, il faut faire en sorte que les actes des uns et des autres restent dans l’esprit des conclusions de ces Assises, que la République ne soit pas monolithique. Il ne faut pas qu’on ait peur du débat. Sinon, ce qui c’est passé récemment risque de revenir avec une reculade dans la gestion de l’Etat.

Que pense Moussa Tine de la transhumance ?
Il faut l’arrêter. Il ne faut même pas négocier avec ça, sinon ça rend illisible la politique sénégalaise. Quand j’étais au Burundi récemment, j’ai trouvé là-bas un mot fort pour qualifier la transhumance. Ils l’appellent le Ventriotisme: la politique du ventre. Il nous faut aujourd’hui une autre Constitution pour éradiquer tout ça, pour la moralisation de notre vie politique. Le manque d’éthique est tellement décrié par les Sénégalais qu’on assiste aujourd’hui à des forces comme la société civile, qui tancent les acteurs politiques dans le champ politique. Ce n’est pas normal ! Aujourd’hui il faut stabiliser la chose politique à partir de notre appartenance doctrinale ; l’organiser autour des idéologies et non autour des personnes. Ce que nous avons aujourd’hui au Sénégal, c’est des gens qui sont pour ou contre le pouvoir. Les familles politiques n’émergent plus. Où sont les options économiques ? Où sont les options sociales ? Où est le discours de programme ? Où est le débat d’idées ? Il n’y en a pas

(Source le Quotidien)

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